C’est une petite jeune femme aux cheveux courts et au visage souriant qui nous livre son témoignage :
« Je suis Annaba Boubaya, j’ai été incarcérée à la maison d’arrêt pour femmes de Rennes de juin 2008 à mars 2009. À mon arrivée en prison, j’étais dans une très grande souffrance psychologique et j’avais envie d’en finir avec la vie. Par cinq fois, j’ai tenté de me suicider.
Après une dernière tentative, une surveillante de la maison d’arrêt m’a proposé de rencontrer un prêtre de Saint-Malo. Comme j’étais moi-même de Saint-Malo, j’ai accepté. Les démarches administratives ayant été faites, j’ai rencontré ce prêtre début juillet 2008. Nous avons échangé sur tout et il m’a dit des mots qui m’ont touchée, il m’a dit des paroles qui m’ont raccrochée à la vie. J’ai participé à un office et j’ai écouté son sermon. Je me posais beaucoup de questions. Le prêtre m’a laissé quelques livres et j’ai commencé à "rechercher Dieu dans ma cellule". Nous avons échangé des courriers avec le père, nous avions une confiance réciproque, j’allais à la chapelle. J’y appréciais beaucoup le silence et la sérénité du lieu. C’est alors que le cheminement vers le baptême s’est imposé. Pour les adultes, cette réflexion dure deux ans. J’ai cheminé pendant deux ans avec l’équipe de l’aumônerie de la prison, puis avec l’équipe de la paroisse.
En même temps, j’ai passé mon baccalauréat en prison et j’ai bâti mon projet professionnel, car je ne voulais pas sortir sans avoir un projet, un but, sans être cadrée. J’ai toujours bénéficié du soutien de ma famille qui ne m’a pas laissée tomber, et en sortant, j’avais un toit.
En mars 2009, j’ai quitté la maison d’arrêt. J’ai tout de suite pu suivre une formation professionnelle avec stage en entreprise. J’étais également suivie par un travailleur social, je voyais un psychologue et surtout je continuais à me préparer au baptême à Saint-Malo dans la paroisse. Malheureusement, le prêtre qui m’avait soutenue est décédé. Un diacre dont j’avais fait la connaissance en prison a repris ma formation. J’ai été baptisée lors de la veillée pascale de 2010, en présence de quatre surveillants de prison. Maintenant, je fais partie de l’équipe liturgique de la paroisse.
J’ai eu l’idée d’écrire un livre qui est un témoignage sur la vie dans la prison, ce que cela apporte, en quelque sorte des "brèves de prison" : Une lumière qui vient de l’ombre, aux éditions Yellow Concept. Un metteur en scène, ayant lu le livre, a souhaité en faire une pièce de théâtre. J’ai accepté et j’ai travaillé avec lui pour adapter le livre. Je joue, moi-même, accompagnée d’une comédienne professionnelle. Mon but est de faire passer un message et de changer le regard des citoyens sur les détenus et surtout de dire qu’après la prison on peut rebondir. Dans une cellule de 9 m², avec deux lits superposés, on peut vivre. Des échanges s’établissent entre codétenues. Une certaine complicité se crée, on rit, on partage. Il y avait de l’humanité dans la prison. J’ai été punie par la justice et j’ai accepté cette punition, mais je n’ai pas à subir le jugement de la société, à subir une seconde peine… Cette pièce a donc été jouée en mars dernier à l’extérieur. Il y a eu 400 spectateurs, dont beaucoup avaient été confrontés au système judiciaire. Nous avons reçu le soutien de diverses associations.
Aujourd’hui, je suis diplômée, je travaille, je suis indépendante, j’ai mon appartement. »
À la question « Souhaiteriez-vous devenir visiteuse de prison ? », Annaba répond : « Pas encore, pas pour l’instant, j’ai encore besoin de prendre du recul, de me reconstruire pleinement, mais pourquoi pas d’ici un an ou deux… »
Annaba termine son témoignage en citant le prêtre qui l’a suivie : « Dans chaque être humain, il y a une part d’humanité. »