« Pour la première fois en un an de bénévolat au Secours Catholique, j’allais explorer le "terrain". Et pas n’importe lequel…
Courant décembre, j’ai répondu à l’appel pour la confection de paquets-cadeaux et distribution aux détenus nantais. Je me suis dit qu’il était temps, que j’étais prête à agir concrètement et surtout à tendre la main, physiquement. Ce n’est pas sans une certaine appréhension que je me suis rendue au centre de détention ce matin-là de décembre. J’y ai retrouvé un groupe d’anciens, d’aguerris, et quelques nouveaux comme moi. Les couloirs et les grilles dotées de gros verrous ne m’ont pas impressionnée. La fraîcheur du lieu et l’austérité ne m’étonnaient pas non plus.
En revanche, dès l’instant où nous nous sommes tous séparés pour commencer la distribution, c’est un monde irréel qui prenait forme sous mes yeux et qui transformait mon corps en un paquet de guimauve tremblotant. J’ai douté quelques instants de ma capacité à procurer un peu de réconfort. Mais j’ai très vite été emportée par les élans de générosité de mon compagnon de distribution et surtout, par le formidable accueil que les détenus nous ont réservé. Je voyais ces hommes pour la première fois, dans ces conditions si particulières, et nous étions là à nous serrer la main et échanger quelques mots. Les sourires furent sur toutes les lèvres. Mon empathie ne savait plus où donner de la tête. J’étais entre le rire et les larmes. Déstabilisée par ce que je vivais et par ce que je voyais. Et si surprise que les détenus nous accueillent de la sorte ! Je m’attendais à des refus ou à une incompréhension de notre message. Mais j’ai découvert l’intérêt et les bénéfices d’une action en temps réel. Passé les premiers moments de peur, j’ai pu prendre conscience de ce qu’est l’isolement, la situation des détenus et leur condition. Tout en ayant en tête la raison de leur présence ici.
L’expérience de bénévole est nouvelle pour moi. Et je ne sais pas encore très bien gérer la frontière entre les motivations de mon action. Pour moi et/ou pour les autres ?… Quoi qu’il en soit, je ne passe plus devant ces murs de la même manière, ayant désormais une vision plus juste de la réalité. »
Emma